
Nvidia Vera : un CPU ARM 50% plus rapide que le x86
Le CPU Vera de Nvidia embarque 88 cœurs Olympus ARM custom, promettant 50% de perf en plus que le x86. Direction le PC gaming ? Pas si vite.
Le CPU qui ne devait pas exister
Nvidia fait des GPU. Point. C'est comme ça depuis trente ans, et personne n'avait vraiment envisagé que Jensen Huang s'aventure sérieusement sur le terrain des processeurs. Pourtant, au milieu du bruit autour du DLSS 5 au GTC 2026, il a dévoilé Vera. Un CPU ARM custom avec 88 cœurs conçus en interne, qui prétend être 50% plus rapide que n'importe quel cœur x86 actuel.
Vous avez bien lu. Nvidia se lance dans le CPU. Et pas avec un petit design timide pour tâter le terrain.
Olympus, le cœur qui vise le sommet
Au centre de Vera, il y a Olympus. C'est le nom de code des cœurs CPU que Nvidia a conçus de A à Z en interne. Pas des cœurs ARM Cortex pris sur étagère comme pour le GB10 du DGX Spark. Du custom pur, pensé pour la performance brute.
Le front-end du cœur peut fetcher et décoder 10 instructions par cycle. Si ça vous dit quelque chose, c'est normal. C'est le même niveau que les puces Apple M, qui dominent le marché en performance single-core depuis leur lancement. Nvidia ne vise clairement pas en dessous.
Le prédicteur de branchement utilise un réseau neural et évalue deux branches par cycle. C'est une approche intéressante qui pourrait limiter les pipeline stalls et booster les performances sur du code imprévisible. Sur le papier, c'est malin.
Et puis Nvidia a sa propre version du multithreading. Baptisée Spatial Multithreading, elle ne fonctionne pas comme le SMT traditionnel d'Intel ou AMD. Pas de time-slicing, pas de context switching constant entre threads. Nvidia affirme que ça élimine les variations de performances qu'on observe habituellement avec le SMT classique. C'est une philosophie radicalement différente, et j'avoue que ça m'intrigue.
Des specs qui ne font pas semblant
Les chiffres de Vera donnent le tournis. 88 cœurs, 176 threads, 162 Mo de cache L3. Jensen Huang revendique des performances single-thread 50% supérieures à n'importe quel cœur x86 en compilation, scripting et compression dans un contexte d'IA agentique. Et 90% de meilleure efficacité énergétique. Ce sont des chiffres constructeur, attention, pas des benchmarks indépendants. Mais quand même, ça interpelle.
Pour la mémoire, Nvidia a fait un choix surprenant : de la LPDDR5X. C'est la même technologie qu'on trouve dans les laptops actuels. Sauf que le bus mémoire de Vera offre 1,2 To/s de bande passante brute. Pour un CPU, c'est colossal.
L'autre surprise, c'est l'interface PCIe Gen 6 à 16 lanes. Nvidia arrive au Gen 6 avant AMD et Intel. Quand un fabricant de GPU avance plus vite sur les standards de bus que les deux géants du CPU, ça veut dire quelque chose. Le PDG a aussi évoqué des performances par watt "inégalées". C'est facile à dire pendant une keynote, mais les specs techniques ne contredisent pas l'ambition.
Et pour le PC gaming alors ?
C'est la vraie question pour nous. Pour l'instant, Vera est un CPU de serveur IA. Son monde, c'est les "AI factories" et l'IA agentique. Pas question de le trouver dans votre tour gaming demain matin.
Mais creusez un peu et ça devient intéressant. Le premier processeur PC de Nvidia, baptisé N1 ou N1X selon les rumeurs, se basera sur le GB10 Superchip avec des cœurs ARM Cortex classiques. Jensen Huang l'a confirmé lui-même. C'est un premier pas, un peu conservateur côté CPU.
La génération suivante, le N2, pourrait changer la donne. Des rumeurs évoquent l'intégration des cœurs Olympus dans ce futur processeur PC. Nvidia aurait alors sa propre micro-architecture CPU pour le desktop, comme Apple l'a fait avec le Mac. La comparaison s'arrête là pour le moment, mais l'ambition est similaire.
Nvidia a aussi dévoilé sa feuille de route. Après Vera viendra un CPU nommé Rosa, associé aux futurs GPU Feynman. C'est à deux générations de distance, après les GPU Rubin. On parle de 2028 au plus tôt, probablement 2029 en réalité.
Le vrai obstacle : faire tourner des jeux sur ARM
Même avec les meilleures performances ARM du monde, il reste un problème de taille pour le gaming PC. La quasi-totalité des jeux sont compilés pour x86. L'émulation fonctionne, Microsoft la pousse avec Windows on ARM, mais elle coûte des performances. Sur un jeu gourmand, perdre 15 à 20% de FPS pour de l'émulation, c'est rédhibitoire pour beaucoup de joueurs.
Apple a contourné le problème avec Rosetta 2, et ça marche plutôt bien pour la productivité. Mais Apple contrôle tout son écosystème. Nvidia, sur PC, devra composer avec des milliers d'éditeurs de jeux qui n'ont aucune raison de recompiler pour ARM. Pas encore, en tout cas.
Ce qui est certain, c'est que Nvidia pose des jalons. Un design CPU custom performant, une roadmap claire avec Vera puis Rosa, un premier processeur PC en approche. Les pièces s'assemblent lentement. Mais le tableau complet, avec des cœurs Olympus dans un PC gaming tournant vos jeux nativement en ARM, c'est encore loin.
En attendant, gardez un œil sur les prochaines annonces. Parce que quand Nvidia décide de se lancer dans un nouveau marché, l'entreprise a tendance à ne pas faire les choses à moitié.
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