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Seedance 2.0 : le Sénat US exige la fermeture immédiate
Intelligence ArtificielleActualites4 min de lecture

Seedance 2.0 : le Sénat US exige la fermeture immédiate

Des sénateurs américains ordonnent à ByteDance de fermer son app IA Seedance 2.0, accusée de piller la propriété intellectuelle des créateurs.

Le Sénat américain hausse le ton face à ByteDance

ByteDance avait déjà suspendu le déploiement mondial de Seedance 2.0 ce week-end. Ça n'a pas suffi. Les sénateurs Marsha Blackburn (républicaine, Tennessee) et Peter Welch (démocrate, Vermont) viennent d'envoyer une lettre au géant chinois pour exiger la fermeture pure et simple de l'application.

Le fait que la demande soit bipartisane mérite qu'on s'y arrête. Sur un sujet aussi polarisé que la tech chinoise aux États-Unis, voir une républicaine et un démocrate signer la même lettre, ça envoie un signal clair.

Leur formulation ne laisse aucune place au doute : Seedance 2.0 représenterait "une menace directe pour le système américain de propriété intellectuelle et, plus largement, pour les droits constitutionnels et les moyens de subsistance économiques de notre communauté créative." Quand on invoque la Constitution, c'est rarement pour faire de la figuration.

Un générateur vidéo IA qui va trop loin

Seedance 2.0, c'est le dernier générateur vidéo IA de ByteDance, la maison mère de TikTok. L'outil permet de créer des vidéos réalistes à partir de simples prompts textuels. Et les résultats sont bluffants.

Trop bluffants, justement. Sur les réseaux sociaux, des utilisateurs ont partagé des créations montrant un combat entre Thanos et Superman, une fin alternative de Stranger Things, ou encore un faux affrontement entre Tom Cruise et Brad Pitt. Des vidéos devenues virales qui ont mis le feu aux poudres.

Le problème saute aux yeux : ces personnages, ces univers, ces visages appartiennent à quelqu'un. Des studios, des acteurs, des créateurs qui n'ont rien demandé et n'ont certainement pas donné leur accord pour que leurs oeuvres servent de matière première à un générateur IA.

C'est toute la question du droit à l'image et du copyright qui se pose ici. Et elle se pose avec une urgence nouvelle, parce que la qualité de ces générateurs progresse bien plus vite que le cadre légal censé les encadrer.

ByteDance temporise, les sénateurs n'y croient pas

Après avoir suspendu le déploiement mondial, ByteDance a publié un communiqué assurant qu'il "respecte les droits de propriété intellectuelle" et qu'il "prend des mesures pour renforcer les garde-fous actuels afin d'empêcher l'utilisation non autorisée de la propriété intellectuelle et de l'image des personnes par les utilisateurs."

Les sénateurs Blackburn et Welch n'achètent pas cette version. Ils qualifient cette promesse de "tactique dilatoire pour continuer à exploiter les innovateurs et profiter de leur succès." Ils ajoutent que le rapport de ByteDance à la propriété intellectuelle américaine s'inscrit dans "une tendance plus large des entreprises d'intelligence artificielle qui volent des oeuvres protégées aux dépens de la communauté créative."

Difficile de leur donner tort. La suspension temporaire ressemble à un repli tactique plutôt qu'à un vrai changement de cap. L'application existe toujours, le modèle est toujours entraîné, et rien ne garantit que les "garde-fous" promis seront suffisants.

Hollywood monte au créneau

Le monde du cinéma ne reste pas spectateur. La Motion Picture Association (MPA), le puissant lobby qui représente les grands studios hollywoodiens, a récemment envoyé une mise en demeure à ByteDance. Un geste qui préfigure probablement des poursuites judiciaires si l'entreprise ne change pas de trajectoire.

Côté législatif, les sénateurs Blackburn et Welch ne se contentent pas de lettres. Ils viennent de présenter un projet de loi bipartisan qui donnerait aux artistes un droit d'accès aux données d'entraînement utilisées par les modèles d'IA. Concrètement, un acteur, un musicien ou un cinéaste pourrait demander à savoir si ses oeuvres ont été utilisées pour entraîner un modèle.

C'est un levier qui pourrait tout changer. Aujourd'hui, l'opacité règne. Aucune entreprise IA ne publie la liste complète de ses données d'entraînement. Les créateurs découvrent après coup que leur travail a servi de carburant, sans compensation ni consentement. Ce projet de loi imposerait enfin la transparence.

Ce que ça change pour l'avenir de l'IA générative

Cette affaire dépasse largement le cas ByteDance. Elle pose une question qui concerne tous les acteurs de l'IA générative : peut-on entraîner un modèle sur des oeuvres protégées sans demander la permission ?

Jusqu'ici, les entreprises IA jouaient sur le flou juridique. Le "fair use" américain, censé protéger certains usages transformatifs, est devenu l'argument passe-partout de toute l'industrie. Mais quand des sénateurs parlent de "menace constitutionnelle" et que Hollywood sort l'artillerie juridique, le cadre bouge.

Les prochains mois vont être décisifs. Entre les procès en cours et les nouvelles propositions de loi, 2026 pourrait bien être l'année où l'industrie de l'IA sera contrainte de jouer cartes sur table sur la question des droits d'auteur.

Et si vous pensiez que cette bataille ne concerne que les États-Unis, détrompez-vous. En Europe, l'AI Act impose déjà des obligations de transparence sur les données d'entraînement. Le sujet est mondial, et la pression ne fait que monter.

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